La dystonie et la féminité – Épisode 2 : Le coiffeur

Il y a quelques temps, je publiais un premier article sur le thème de la féminité en étant dystonique et le vernis à ongles. Et, aujourd’hui, j’ai décidé de te parler d’un autre sujet dans le même thème, la dystonie et les cheveux.

Si je te parle coiffure, c’est que les cheveux sont de nos jours assez importants chez l’homme ou la femme. Si tu ne me crois pas va au magasin le plus proche de chez toi et tu trouveras un rayon entier sur les shampoings, après shampoings, couleurs, démêlants, masques, soins, et je ne te parle pas des accessoires en bout de rayon !

A 9 ans, mes premiers cheveux blancs apparaissaient, ce qui a été un de mes complexes. Tous les jours, j’avais le droit à : « ce sont les soucis ! », « tu vieillis avant l’âge !!! », « ne les arrache pas sept repousseront derrière ! », encore une part de génétique possible car mon cousin en a eu assez tôt aussi !

Alors, vers quatorze ou quinze ans, je passais pro dans la matière du rayon couleur du supermarché. Dès que je fus autonome, je me rendais chez le coiffeur ! Mais ce ne fût jamais l’amour entre eux et moi.

Puis, quand mon père m’a annoncé son cancer, inconsciemment, il fut impossible pour moi de me couper les cheveux durant trois ans. C’est seulement à son décès que j’ai fini par prendre les ciseaux et couper franchement dans cette masse infâme qui me servait de cheveux pour qu’il les emporte avec lui dans son cercueil.

Les cheveux ont toujours été importants pour les hommes de notre famille. Le matin, nous avions le droit à notre rituel queue de cheval impeccable de mon père avant de nous rendre à l’école. En vacances, c’est notre grand père paternel qui passait des heures à brosser le soir les cheveux de ses trois petites filles. En retour, mon père et nos oncles avaient le droit à nos essayages coiffure et nos tests.

A 36 ans passés, je me rends compte que les cheveux ne sont pas si important que cela. Je ne suis pas vraiment une fan de coiffure et je n’ai su faire les tresses que il y a quelques années. Mon mode coiffure préféré : un chignon et ça ira !

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« Un chignon, et ça ira »

A ce jour, depuis plus d’un an, j’ai essayé toutes les sortes de démêlants, trucs et astuces piochés sur le net pour avoir plus de facilité à me coiffer. Ben oui, quand on souffre de dystonie cervicale avec un cou douloureux, une tête qui tremble et une main droite souffrante aussi, ben la coiffure… c’est une torture ! Moi, qui ait le look passe partout, je finis souvent avec des cheveux secs, rêches et cassants dû à mes multiples lissages afin de les démêler complètement.

Mon tuto spéciale entretien du cheveux :

  • Lorsque tu te laves, et que tu constates que tu peux faire ton shampoing en levant les bras, fonce !
  • Utilise un démêlant hyper puissant si tu as les cheveux longs et de temps à autre alterne le shampoing pour cheveux gras et cheveux secs. le spray démêlant est autorisé bien évidemment !
  • Si tu as une amie, ou une sœur ou même un Jérôme sous la main, demande lui gentiment s’il peut te sécher les cheveux les jours ou le geste est impossible à effectuer. Ou alors bloque ton sèche cheveux sur une table et assis toi en dessous et attends que ce dernier fasse son travail.
  • Et, si tu es comme moi, de nature cheveux qui partent dans tous les sens, utilise le fer à lisser afin de les dompter plus facilement avec un masque, naturel ou pas, avec ou sans produits toxiques pour avoir les cheveux plus doux !

Alors, avec une dystonie, je ne te raconte pas la galère d’aller chez le coiffeur.

La peur de la douleur, les remarques : « on ne bouge pas la tête, parce que je risques sévèrement de vous couper une oreille à chaque coup de ciseau » et ce bac de lavage généralement inconfortable, qui normalement et un moment détente si là où le coiffeur te fais ce super massage du cuir chevelu ! Et, le tenez votre tête droite !!! Celle là, c’est la pire, surtout si le coiffeur passe tous les cinq minutes à vous redresser la tête et à souffler en même temps !!! Oui, oui, je l’ai déjà eu et dans un grand salon dont je tairais le nom !

L’année dernière, j’ai sauté le pas « coupe tifs » avec une des filles de Jérôme, ma jolie Raiponce car seule je n’aurais jamais réussi.

J’arrive toujours à trouver des excuses sans queue ni tête mais parfois, cela reste impossible. Le manque de temps n’est pas une raison valable quand on est en arrêt maladie même si je suis déléguée bénévole pour Amadys et cela même si j’ai des « activités » à coté !

Bilan de ma dernière année : le coiffeur rimait avec moi avec corvée et non bien être, ni plaisir ni prendre soin de mon enveloppe corporelle et mentale.

Se justifier des tremblements, être accusée de tics alors que le diagnostic ne m’était pas encore posé, les remarques incessantes, la douleur possible… ce fut décourageant d’avance. Sache que moi, je n’ai jamais eu de coiffeuse attitrée, comme la plus part des femmes de mon âge de nos jours, peut être à cause de cette maladie.

Ce matin, je me suis levée avec la ferme intention de réaliser un nouveau défi prendre soin de moi.

J’ai dû prendre les taureaux par les cornes, je te l’assure ! Et, je vais te raconter mon aventure de nana dystonique en quête du prendre soin de soi !

La recherche du salon parfait.

Dans ma recherche datant de plus d’un mois, j’ai banni tous les coiffeurs de mode usine. J’ai donné, durant ma jeunesse dans ces salons bruyants, grouillant de monde où la petite stagiaire prostrée dans son coin passe le balai à longueur de journée. Les usines « coupe tif » sont parfaites pour les femmes jeunes, actives qui sont à la recherche de gain de temps. Et, même dans ces endroits là, c’est le rendement qui compte et même si tu ressors avec une coupe qui ne te plait pas du tout, tu ressors vidée, épuisée et douloureuse ! Certains ont été à la limite de la maltraitance pour moi.

Alors, je me suis dirigée vers les petits coiffeurs du centre ville qui ne sont jamais vraiment bondés de monde et où la vocation du métier est présente.

J’aurais pu choisir l’option coiffeur à domicile mais je ne suis encore capable de marcher et de profiter de ce bel été qui arrive.

J’ai trouvé en promenant mon chien, un salon de coiffure dans mon quartier : « Aux milles couleurs ».

Un petit salon qui vient d’ouvrir où je voyais seulement aux travers la vitre la coiffeuse et le client. Un salon charmant, discret et à la fois plein de pep’s et dynamique à la couleur d’Amadys !!!

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(crédit photo : Aux mille couleurs)

Je souhaitais un coiffeur qui ne soit pas encore trop chargé en bruit, en monde afin d’éviter toutes sources de stress? C’est décidé, c’est ici que j’irais !

La prise de rendez vous.

Tu dois savoir désormais que la dystonie se manifeste par des crises. Un jour, tout va bien, le lendemain, c’est l’enfer ! Et, aujourd’hui malgré quelques tremblements tout va bien. Une journée comme cela, c’est une belle journée !

Alors, j’expliquais à la dame avec son regard bienveillant et sa douce voix mon soucis de dystonie, elle me donna un rendez vous rapidement, « dans une heure » et que nous ferions avec la crise ! Rapide hein ? Ben, je n’avais plus de choix, je me suis mise face au mur ! Mais sans aucune appréhension car ce fût un véritable soulagement de pouvoir parler en toute discrétion de ma maladie sans jugée !

La coupe et le choix de la couleur.

Une heure après, le temps de boire mon thé, de vérifier mes mails, chez moi, je me retrouvais assise sur le fauteuil avec un peignoir !

« Alors, que choisissons nous comme couleur ? »

« Euh …. ben j’ai des cheveux blancs, et j’en ai assez de les cacher!  » Je pensais donc enfin à assumer mes mèches blanches ! »

« Ha oui, alors nous partirons sur une base de mèches de deux teintes différentes, cela évitera l’entretien tous les mois de la racine. »

« Ok ! »

Et, là, enfin elle me sorti son livre palette de couleurs, elle savait exactement ce dont j’avais besoin, mais souhaitait mon avis pour le protocole je pense !

Pour la coupe, je lui laissais carte blanche, je n’ai aucune idée de ce qui me va, je lui indiquais juste que j’avais besoin d’une coupe pratique, efficace et naturelle !

Depuis que je ne travaille plus, je n’ai plus vraiment besoin de m’attacher les cheveux, même s’ils sont courts. Ce fut juste pendant des années une déformation purement professionnelle qui devenait une solution face à la dystonie.

C’est parti.

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(crédit photo : Aux mille couleurs)

D’une main de maître, toujours en me demandant comment je me sentais, elle s’exécuta à son art. Moi, j’appelle cela de l’art. L’art de la coiffure, c’est un don, car ce n’est pas donné à tous de savoir faire un mélange de couleurs, la poser et gérer les couches de cellophanes sur la tête. Elle me proposa un café lors de mon passage sous la machine légèrement futuriste qui chauffe.

Puis arrive le moment du bac…

Arfff le rinçage, le lavage, le soin ! La douleur va arriver !

A mes soins complets, digne d’une reine, elle s’assura que ma position ne me faisait pas souffrir et je me sentais ramollir en m’enfonçant complètement dans le fauteuil ! Je fus de plus en plus détendue lors du soin et du massage du cuir chevelu. C’est là, pile, à ce moment précis où la maladie disparaissait de ma tête. Et, je t’assure que j’ai savouré l’instant sous ses doigts de magicienne !

Bien que ramollie et sans aucune douleur, mon corps était en « flottement », et mon mental rêveur, elle m’invita à prendre place afin de réaliser la coupe. Je soufflais de bonheur et de soulagement ! Effectivement, quelques spasmes apparurent mais rien de très apparent lorsque vous être dans une foule mais moi, je le voyais dans ce miroir géant !

Elle prit le temps de couper, nous avons discuter de tout, de rien, de la maladie des champs des possibles de soulagement et de mon parcours et du sien.

Le séchage…

Ce moment tant redouté aussi car tu dois être droite ! Et, bien avec elle non, elle me demanda de me mettre dans la position la plus confortable pour moi et s’est affalé en arrière que je laissais l’artiste finir son chef d’œuvre.

Des moments de blancs, quelques paroles échangés et en quelques minutes, j’étais une « nouvelle moi », une nouvelle coupe de cheveux parfaite, et avec un visage détendu.

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(crédit photo : Aux mille couleurs)

Durant une heure trente peut être même deux heures, elle fit un travail remarquable, elle prouva que la dystonie n’était pas un soucis pour elle comme certains coiffeur. Elle se mit à ma disponibilité entière si un jour, je devais avoir besoin d’elle pour un shampoing ou une coupe peut importe mon état, peut importe l’issue que prendrait la maladie.

Combien de coiffeurs feraient cette démarche de venir prendre soin de vous malgré un handicap ? Combien de coiffeurs sont encore humain ? Et font leurs métiers par vocation ?

Combien sont-ils comme elle a avoir le courage de monter leur entreprise dans le contexte économique actuelle alors que les enjeux sont importants ?

Et combien de coiffeurs sont réellement à l’écoute du besoin de leurs clients ?

Combien de coiffeurs sont curieux de votre maladie ?

Je ne pourrais pas répondre à cette question mais ce que je sais c’est qu’avec ce challenge, cette coiffeuse a réussi à faire tomber mon appréhension de cette trouille qui m’envahissait !

Alors, toi lectrice qui vit avec une maladie ou un handicap, dont tu n’as pas lâcher prise où tu te caches sous un sweat à capuche pour passer inaperçu, trouve toi le bon salon et file vite te faire plaisir, prendre soin de toi et que tu apprennes à ce que l’on prenne soin de toi !

C’est aussi une façon de se battre et d’accepter sa maladie surtout si comme moi, tu te focalise sur le regard des autres. C’est aussi une autre façon d’attirer le regard des autres non sur ton handicap, mais sur tes cheveux !

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Saches que tu peux, grâce à des doigts de fées, changer le regard que tu as sur toi-même et te trouver plus féminine et plus jolie.

Lumineusement votre,

Signé : une femme dystonique en évolution vers le chemin de la féminité


Et pour en savoir plus sur le salon :

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Aux mille couleurs
Rue Alphonse lamartine
50000 Saint-Lô
02 33 74 81 35
Page Facebook

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Auteur : madystonie

J'ai 36 ans, et aujourd'hui je me bats contre une maladie complètement méconnue.

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